Burkina Faso 2015

Burkina Faso

Le guérisseur aux sachets d’eau (1) Premier contact

En septembre dernier, Boulango Dabourgou rend visite à son beau-père, qui réside à Tanghin, dans la banlieue de Ouagadougou. La maison de son hôte est petite, la belle famille nombreuse. Boulango va dormir dehors, au pied d’un grand tamarinier. C’est là – raconte-t-il – en rêve, que lui sont révélés ses dons de guérisseur.

Investit d’une mission, pour laquelle il ne dispose d’aucune connaissance académique ou traditionnelle, Boulango Dabourgou commence alors à officier au pied du tamarinier.
Il traite gratuitement les malades qui lui rendent visite, utilisant pour toute potion magique de l’eau minérale en sachet.
Et sa réputation de faiseur de miracle grandit vite.
Bientôt, des milliers de personnes affluent.
Et le guérisseur obtient des autorités traditionnelles le prêt d’un terrain vague permettant d’accueillir la foule toujours croissante des patients.
Qu’est-ce qui fait l’efficacité du traitement ? Lui-même admet qu’il n’en sait rien. C’est Dieu qui guérit, rend la vue aux aveugles, la parole aux muets, l’usage de leurs jambes aux handicapés, la virilité aux impuissants, la fécondité aux femmes stériles…

Je rencontre Boulango Dabourgou dans la petite maison qu’il habite, à un kilomètre de son hôpital en plein air. La quarantaine athlétique, il rit facilement, parle moré (langue de l’ethnie majoritaire au Burkina Faso), ne comprend pas le français. La conversation de déroule par le truchement d’un interprète.
Où ai-je mal, de quoi suis-je malade ? me demande-t-il.
Le motif de ma visite n’est pas thérapeutique mais lié à mon métier de journaliste, j’explique.
Ai-je déjà connu d’autres guérisseurs tel que lui ?
Je parle d’un prêtre maya, rencontré au cours d’un reportage au Guatemala et de Papa Kitoko, un guérisseur de Luanda qui travaillait à base de massages, d’huiles et de messes au cours desquelles de nombreux patients entraient en transes.
Est-ce que je sais pourquoi il guérit ?
Non, j’admets ne pas comprendre.
Si j’étais à sa place, qu’est-ce que je ferais ?
C’est difficilement imaginable mais, en bon cartésien, je commencerais sans doute par prendre des mesures pour améliorer les conditions d’hygiène du campement.
En France, Dieu existe-t-il ?
J’esquive : la question est encore ouverte.

Mes réponses semblent lui convenir. Il me donne l’autorisation de le suivre et le photographier dans ses œuvres.
Le lendemain matin, avant de se mettre au travail, Boulango Dabourgou m’interpelle devant un public qui lui est tout acquis :
En France, existe-t-il des guérisseurs ?
Des guérisseurs comme lui, plus beaucoup, mais des gens dont les pratiques thérapeutiques ne sont pas reconnues par la faculté de médecine, oui.
Jésus et Mohamed sont-ils le même ?
Oui.
Dieu est-il à gauche, à droite, en haut, en bas ?
Parler de gauche et de droite, dans mon pays, a des consonances politiques et, dans les deux camps, il y a des gens qui se réfèrent à Dieu.
Où se trouve Dieu ?
Dans les têtes.
Il éclate de rire et semble goûter la réponse.

… à suivre

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