dessin_2025

Fiction

Épitaphe

Longtemps, il mangea sans vergogne à tous les râteliers et puis, un jour, de bon appétit, un plat de spaghetti, cuits al dente dans une casserole de fonte hérité de sa grand-mère paternelle, cordon bleu et morte à l’automne précédent, qui lui resta sur l’estomac et douloureusement en mémoire…

… il but jusqu’à la lie le calice d’un mariage avec une rousse flamboyante et cul-sec l’armagnac d’âge canonique qu’il conservait pour les grandes occasions à l’abri de la lumière dans une cave aux poutres apparentes et fraîche en été avec quelques bouteilles de Haut-médoc élevé en fûts de chêne et au rang de grand cru ; il passa sa jeunesse – il faut bien que jeunesse se tasse – à courir les mers en quête d’îles au trésor et la gueuse quand il était à quai, tirant des bords et des coups sans lendemain mais pas les leçons de l’expérience ; il lia amitié avec une faune interlope et son sort à la Révolution ; il perdit ses cheveux sur les tempes et la foi bien avant ; tous se rappellent qu’il pétait plus haut que son cul et un câble les nuits de pleine lune, veillait au grain et tard le soir, manquait ordinairement sa cible et d’à propos, ouvrait sa grande gueule plus souvent qu’à son tour et la cage aux oiseaux, fumait du hareng au bois de hêtre et comme un pompier des gauloises de contrebande ; il mourut un beau jour sans régler les six mois d’arriéré de loyer qu’il devait à son propriétaire et d’un mal inconnu.